Meillere : Contribution à l'étude chimique des vératrées

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Thèse présentée à la Faculté des sciences de Paris
pour obtenir le grade de Docteur es Sciences Physiques

par



M.G Meillère

Contribution à l'étude chimique des vératrées



soutenue le 24 novembre 1890

devant la commission d'examen :
Friedel, président
Bouty, Ditte, examinateurs


 

INTRODUCTION

Étude chimique des Vératrées

La Vératrine, isolée pour la première fois en 1818, a été, comme on le voit, un des premiers alcaloïdes connus ; cependant son histoire chimique est encore des plus incomplètes malgré les nombreux travaux dont elle a été l'objet de la part de Pelletier, de Caventou, Couerbe, Delondre, Dragendorf et ses élèves, Schmidt et Kœppen, Wright et Luff, Bosetti, etc.


J'ai été amené à étudier l'histoire chimique des Vératrées par ma collaboration aux travaux physiologiques exécutés en 1884-86 par le docteur Rondeau, sous la direction du docteur Laborde. Il s'agissait alors d'éclairer quelques points de la toxicologie de la Vératrine et' en particulier de voir si cette base pouvait être confondue avec les ptomaïnes.


L'état peu avancé de cette question s'explique sans peine par la difficulté que l'on rencontre quand il s'agit d'obtenir une matière première bien définie ; chaque échantillon de Vératrine se conduisant d'une manière spéciale au point de vue chimique ou physiologique. De plus, la manipulation prolongée de ces produits présente un réel danger; nous avons même été forcé de suspendre à plusieurs reprises nos recherches pour cette raison.


Si nous n'avons pas encore été assez heureux pour établir la constitution intime des Vératrines, nous espérons du moins avoir facilité les recherches futures en donnant un procédé d'analyse immédiate permettant d'isoler à coup sûr les principaux constituants "basiques d'une Vératrine, quelle que soit la pureté de l'échantillon. Nous espérons même pouvoir généraliser cette méthode pour l'étude des mélanges alcaloïdaux.


 

CONCLUSION


Comme on a pu le voir dans l'exposé des travaux de nos devanciers, la Vératrine brute ou Vératrine officinale a été généralement considérée comme un mélange de corps isomères. Nos expériences sont en désaccord avec cette hypothèse qui ne reposait que sur l'analyse élémentaire de produits mal purifiés. D'ailleurs par quel hasard une plante fournirait-elle des corps isomères à fonction chimique identique, donnant par dédoublement des produits différents sans relation immédiate entre eux-il faudrait admettre une transposition moléculaire dont on n a pas d'exemple.


En dehors des résultats fournis par le dosage du carbone et de l'hydrogène, nous pouvons invoquer la différence des poids moléculaires établie par plusieurs expériences que nous allons rappeler brièvement


La Vératrine brute se scinde nettement par précipitation fractionnée et si on a soin de verser la solution alcaline titrée par portions égales, on constate que la quantité de base isolée varie progressivement


La contre-partie de cette expérience nous est fournie par le titrage alcalimétrique de ces deux bases et le dosage de l’acide sulfurique dans les sulfates neutres : Le sulfate de Vératrine a renfermant 15.76 d'acide sulfurique, le sel d'asagréine 11,14 seulement.


Tandis que la première base donne un aurochlorure contenant 21 0/0 d'or, le sel d'or d'asagréine renferme 23 0/0 de ce métal.


Enfin une dernière démonstration nous est fournie par l'analyse des dérivés monobenzoylés des deux alcaloïdes qui devraient être isomères dans la première hypothèse, tandis qu'ils fournissent les chiffres suivants à la combustion :


Benzoylvératrine : Carbone 67,23    hydrogène 7,90

Benzoylasagréine : Carbone 66,25    hydrogène 7,25


La méthode des précipitations fractionnées dont il n'avait pas encore été fait usage pour l'analyse immédiate des mélanges alcaloïdaux nous a donné des résultats qui nous permettent d'affirmer que ce procédé facilitera la séparation à l'état de pureté de bases à peine entrevues jusqu'à présent. Une différence si légère qu'elle soit des poids moléculaires permet d'effectuer leur séparation presque mathématique. Cette méthode combinée à la dissolution fractionnée dans les liquides neutres donnera toujours de bons résultats.


Nous avons établi l'identité des noyaux azotés des deux Vératrines ; ce résultat élucide à notre avis toutes les obscurités qui entouraient l'analyse immédiate des Vératrines.


Rappelons que le dédoublement a été effectué par les alcalis caustiques à froid et qu'il ne réussit que dans ces conditions de température.


C'est également en opérant à froid que nous obtenons l'Acétylvératrine.


Les Benzoylvératrines ont pris naissance à la température d'ébullition du chloroforme. Enfin, c'est par l'action de l'eau en tube scellé à 150° que nous opérons régulièrement le dédoublement des Vératrines sans alcalis.


Nous croyons que l'action des réactifs généraux à très basse température d'une part, et l'action de l'eau en tubes scellés donneraient avec la plupart des alcaloïdes des produits intéressants. En effet dans ces conditions, l'absence de produits secondaires simplifie singulièrement la purification du dérivé obtenu. Nous nous proposons d'ailleurs d'appliquer cette méthode à d'autres principes immédiats.





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