Pellegrin : Titres et tavaux scientifiques

Document disponible au laboratoire de chimie du Muséum National d’Histoire Naturelle
63 rue Buffon 75005 Paris

Site créé le 24 octobre 2004 Modifié le 17 février 2006
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Notice


sur les


titres et travaux scientifiques


de


Pellegrin, Jacques

 

 

INTRODUCTION


Depuis sa création à la fin du xviiie siècle, sous les quatre maîtres qui s'y succédèrent : Lacépède, Constant et Auguste Duméril, Vaillant, la chaire d'herpétologie et d'ichtyologie du Muséum d'histoire naturelle a toujours été orientée plus spécialement vers la zoologie descriptive et la classification.


C'est sur ses collections, pour ne citer que deux exemples, qu'ont été édifiés les seuls ouvrages d'ensemble que nous possédions en France sur la taxinomie des Reptiles et des Poissons : l'Erpétologie générale de C. Duméril et Bibron, Y Histoire naturelle des Poissons de Cuvier et Valenciennes.


Mais tandis que s'est conservé au Muséum le goût de ces études systématiques qui jetèrent sur la science de notre pays un si vif éclat dans la première moitié du siècle dernier, il n'en est pas de même aujourd'hui dans les grands centres scientifiques français où l'anatomie comparée, la biologie, l'embryologie, attirent surtout les chercheurs, assurés d'y récolter une ample moisson de faits nouveaux et de découvertes fructueuses. Est-il cependant désirable de voir aussi prédominer ces dernières tendances dans une chaire de zoologie spéciale qui par son essence même comme par sa destination première est avant tout taxinomique? Il ne le semble pas. La systématique doit rester prépondérante, au moins dans ce dernier asile, car plus que jamais actuellement elle est nécessaire et ce pour de multiples raisons.


Si l'on jette, en effet, un coup d'œil d'ensemble sur le développement des sciences naturelles au cours du xixe siècle, on constate que la théorie transformiste établie dès le début sur des bases inébranlables par ce précurseur de génie que fut Lamarck, resta presque complètement délaissée pendant près de cinquante ans, faute d'une documentation concrète suffisante. Elle ne commença à être prise en considération que quand Darwin eut revivifié par des exemples nombreux et habilement choisis les vues spéculatives du grand naturaliste français. Toute cette seconde moitié du xixe siècle est occupée, pourrait-on dire, à cette accumulation de faits probants que les savants ont tirés à la fois de l'anatomie comparée, de l'embryologie, de la paléontologie. Grâce à eux, la théorie de l'évolution a triomphé; aujourd'hui, l’explication est admise sans conteste.


Toutefois, d'innombrables présomptions ne valent pas une certitude. C’est pourquoi plusieurs naturalistes contemporains comme de Vries, pour ne citer que celui dont les travaux eurent le plus de retentissement, transportant dans les sciences biologiques les méthodes des sciences physiques, cherchent maintenant à fournir la démonstration expérimentale du problème de l'origine des espèces. Mais ces expériences démonstratives ne peuvent être basées que sur une systématique rigoureuse, c'est-à-dire sur une détermination aussi serrée que possible des formes étudiées ; autrement elles sont entachées de suspicion originelle, elles n'ont aucune valeur, aucun fondement sérieux. Ne va-t-il pas falloir, d'ailleurs passer de la botanique à la zoologie et les Batraciens, les Poissons, ne seront-ils pas alors des «animaux de choix» pour ce genre d'expérimentation ?


Mais ce n'est pas là le seul motif devant faire reconnaître l'utilité actuelle des études de systématique. Dans ces dernières années, l'Homme a pris complètement possession de la planète, les moyens de transport se sont multipliés dans des proportions extraordinaires, des régions jadis ignorées ont été parcourues ou colonisées. De vastes continents, comme l'Afrique, par exemple, encore presque inconnus il y a peu de temps, ont été sillonnés de toutes parts, les grandes profondeurs de la mer ou des lacs, les rivières souterraines, les régions polaires ont révélé des faunes bizarres et insoupçonnées. Une quantité toujours croissante de matériaux nouveaux, venant de tous les points du globe, est rapportée sans cesse par la vaillante cohorte des explorateurs français. Ce sont là des documents précieux qu'on ne doit pas laisser échapper, si l'on ne veut être distancé par les Musées étrangers où l'activité est si grande.


Enfin, c'est encore la systématique qui peut seule fournir une assise sérieuse aux applications pratiques, soit pour mettre l'Homme en garde contre les espèces qui lui nuisent, soit, au contraire, pour lui permettre de favoriser le développement, l'élevage rationnel, la propagation, l'acclimatation des animaux dont il tire parti pour sa subsistance ou pour son industrie.


Mais la systématique, surtout en ce qui concerne des Vertébrés comme les Reptiles et Poissons, en général d'une certaine dimension et difficilement transportables, ne peut être faite fructueusement que par ceux qui connaissent à fond de vastes collections comme celles du Muséum, renfermant à la fois une large série des types sur lesquels la science est fondée et des échantillons récoltés dans toutes les régions du monde. On ne s'improvise pas systématicien, l'apprentissage est long et pénible ; pour se spécialiser dans des branches de la zoologie comme, l'herpétologie et l'ichtyologie, il faut avoir vécu au milieu de ces spécimens si dissemblables, avoir appris à les discerner, à les déterminer, à les grouper d'une manière rationnelle.


L'exposé des travaux analysés dans cette notice montrera, je l'espère, que telle a été la constante direction de mes efforts.


Attiré dès mon jeune âge vers les sciences naturelles, séduit encore sur les bancs du lycée, — où je lisais avec ardeur les ouvrages si captivants de M. Ed. Perrier, — par la théorie transformiste qui me paraissait déjà comme la seule véritablement scientifique, mes convictions s'affirmèrent en écoutant les leçons de mes savants maîtres de la Sorbonne, les Bonnier, les Chatin, les Dastre, les Delage, les Giard, tandis qu'à la Faculté de médecine je poussais assez loin l'étude de l'anatomie humaine dont la connaissance n'est pas sans utilité quand ou doit s'occuper de Vertébrés. Deux voyages que je fis en Grèce et où je me livrai à différentes recherches d'histoire naturelle fortifièrent mes goûts pour la zoologie. C'est donc avec des idées générales déjà arrêtées que j'entrai, il y a près de quinze ans, au Muséum d'histoire naturelle quand M. le professeur Vaillant me fit le grand honneur de m'attacher à sa chaire. Dès lors, ma carrière se poursuivit régulièrement dans cet établissement, d'abord comme préparateur, ensuite comme assistant.


Placé au milieu de ces magnifiques collections, de ces spécimens si curieux et sans cesse accrus, je n'essayai pas de sortir du cadre spécial où se trouvaient rassemblés tant de matériaux non exploités et dont l'étude s'imposait, et volontairement, je me livrai avec ardeur à la détermination, à la description de ces échantillons si variés, besogne sans doute rebutante au début, mais qui peu à peu s'éclairait en apportant tout un cortège de faits intéressants, d'observations nouvelles, d'aperçus philosophiques. J'étais soutenu par cette pensée qu'il était de mon devoir de mettre en valeur le plus possible ce domaine où si peu osaient s'aventurer et en même temps qu'on me saurait gré plus tard d'avoir consciencieusement fait fructifier le lot zoologique qui m'avait été confié.


C'est dire que mes recherches portent exclusivement sur les Reptiles et les Poissons. Je me suis efforcé, néanmoins, de comprendre leur étude dans l'acception la plus large, non pas seulement au point de vue de la taxinomie pure, mais encore, comme on le verra au cours de cette notice, de l'anatomie, de la biologie et de la zoologie appliquée.


Mes travaux de zoologie systématique comprennent à la fois des révisions de familles ou de groupes et des études faunistiques. C'est ainsi que j'ai examiné tous les échantillons du Muséum de plusieurs familles de la classe des Poissons : Labridés, Scaridés, Gichlidés, Characinidés, Mormyridés, pour ne citer que les principales, y découvrant et y décrivant un nombre considérable de types nouveaux.


Ma thèse de doctorat es sciences sur les Cichlidés est une monographie complète, anatomique, biologique et taxinomique d'une des familles les plus vastes du groupe des Acanthoptérygiens, en même temps qu'un catalogue exact des exemplaires possédés par le Muséum. Aucun travail de cette importance n'avait été publié jusqu'alors sur ces Poissons. La série de mes mémoires sur les Characinidés et les Mormyridés constitue aussi une contribution des plus notables à la connaissance de ces deux familles.


Des études moins étendues ont été consacrées par moi à la révision de genres rares ou peu connus comme parmi les Anabantidés, les Ctenopoma, parmi les Siluridés, les Vandellia, chez lesquels j'ai montré une spécialisation tout à fait remarquable par suite du parasitisme. Le Cottocomephorus, nouveau genre du lac Baïkal décrit par moi et établissant le passage entre deux familles regardées comme très distinctes, les Gottidés et les Coméphoridés, est maintenant considéré par certains zoologistes comme le type d'une nouvelle famille. Un Poisson fossile du Monte-BoIca, type également d'un genre nouveau, m'a permis de jeter un jour particulier sur l'évolution et les affinités des principales familles d'Acanthoptérygiens.


Au point de vue faunistique, un nombre considérable de mes notes et mémoires a trait aux collections adressées par les voyageurs au Muséum d'histoire naturelle. Ces travaux sont peut-être un peu morcelés, car ils ont été, en général, publiés au fur et à mesure de l'arrivée des matériaux au laboratoire et tous les systématiciens connaissent l'intérêt qu'il y a à donner rapidement les diagnoses des espèces nouvelles pour ne pas être devancé et les voir tombera synonymie. Leur ensemble ne laisse pas d'être fort important aussi bien pour les résultats systématiques que pour ceux concernant la distribution géographique des êtres vivants, à la surface du globe. En effet, sans négliger nos espèces métropolitaines, je ne me suis pas contenté d'étudier seulement les Poissons des fleuves de nos régions ou de quelques mers limitrophes ; mes recherches portent sur les Reptiles et Poissons de toutes les parties du monde, sans exception, répondant ainsi à l'objectif de notre Muséum dont les collections sont mondiales.


Les efforts des explorateurs français s'étant plus spécialement dirigés dans ces dernières années vers le continent africain, c'est lui qui m'a fourni les éléments d'étude les plus remarquables. J'ai pu le premier signaler la faune ichtyologique, totalement inconnue, du lac Tchad et du Chari, montrant par là, au point de vue géographique, les liaisons qui unissent ce bassin situé en plein cœur de l'Afrique et soi-disant fermé aux bassins voisins du Niger, du Congo et du Nil. J'ai fait connaître également, pour ne citer que les principaux résultats de mes recherches, un nombre considérable de formes nouvelles ou rares du Congo, de l'Ogôoué et des rivières de la Guinée française. La région des grands lacs de l'Afrique orientale, particulièrement le Victoria-Nyanza m'a procuré, en dehors de la découverte de plusieurs espèces remarquables, l'occasion de formuler quelques conclusions générales sur la distribution des Poissons d'eau douée en Afrique.


Pour les Poissons marins, je citerai seulement la série de mes mémoires sur les récoltes faites dans les parages du banc d'Arguin et du Sénégal, par la mission des pêcheries de la côte occidentale d'Afrique, dirigée par M. Gruvel. On connaît la portée pratique de ces campagnes.

La région néotropicale ensuite a retenu surtout mon attention. J'ai consacré plusieurs travaux aux espèces marines ou d'eau douée du golfe de Californie ou du Mexique, mais c'est principalement dans l'Amérique du Sud, l'Orénoque, l'Amazone, les rivières de la Guyane qui m'ont fourni le plus grand nombre d'observations et de formes nouvelles. Je signalerai aussi mes publications sur les Reptiles et Poissons des hautes régions des Andes, dont la faune très pauvre est cependant des plus caractéristiques.


En Asie, je me suis occupé spécialement des Poissons de nos colonies indochinoises, décrivant plusieurs types tout à fait particuliers de la faune du Tonkin, jusqu'ici fort peu étudiée.

Le total des formes nouvelles dont j'ai enrichi la science, avec la satisfaction de voir la plupart de celles-ci figurer ultérieurement dans les ouvrages anglais, américains ou allemands, s'élève à environ cent cinquante, chiffre considérable si l'on remarque qu'il s'agit de Vertébrés comme les Reptiles et les Poissons chez lesquels le nombre des espèces admissibles est forcément restreint.


Mes travaux anatomiques ont porté sur les pharyngiens inférieurs des Poissons, dans des groupes fort différents. J'ai montré qu'on trouvait, sous l'influence du régime, non seulement dans une même famille comme les Cichlidés, mais même dans un seul genre comme les Orestias parmi les Cyprinodontidés, des transitions remarquables entre les pharyngiens séparés ordinaires et les pharyngiens soudés tels que ceux des Pharyngognathcs. D'autres recherches ont trait à une production singulière et non encore étudiée qu'on rencontre sur la tête de certains Poissons acanthoptérygiens adultes mâles, la gibbosité frontale. J'ai pu établir sa constance dans certaines espèces et indiquer son rôle physiologique.


J'ai signalé et décrit à l'occasion un certain nombre de malformations et de monstruosités chez les Poissons et même chez les Mammifères et les Oiseaux ; un des cas les plus curieux est l'apparition en Seine, à Port-Villez, d'une race monstrueuse de Perches à tête de dauphin, développée ensuite par ségrégation dans un bassin fermé.

Un des privilèges de la chaire des Reptiles est de posséder une ménagerie d'animaux vivants. Celle-ci procure la possibilité de continuer ou d'entreprendre une série d'expériences sur la biologie, la reproduction, l'acclimatation, les mœurs des espèces exotiques. Je n'ai pas manqué de profiter de ces avantages ; c'est ainsi que j'ai pu observer plusieurs cas de jeûne vraiment extraordinaires chez les Serpents, l'un d'eux dépassant quatre ans ! J'ai été de la sorte conduit tout naturellement à expérimenter l'action de la privation d'aliments solides ou liquides chez les Couleuvres et les Crapauds. J'ai étudié également le mécanisme de la régulation thermique chez les Crocodiles.


Pour les Poissons, j'ai apporté une large contribution à la connaissance, chez les Cichlidés et les Siluridés, d'une particularité éthologique bizarre, l'incubation des œufs et des jeunes dans la cavité buccale, rectifiant à ce sujet les opinions généralement admises, notamment en ce qui concerne les Tilapies africaines.


En zoologie appliquée, mes travaux ont porté d'abord sur les espèces nuisibles. Ma thèse de doctorat en médecine est consacrée aux Poissons vénéneux, relativement assez nombreux, au moins dans certains groupes, et dont l’ingestion peut provoquer des empoisonnements. L'utilité de cet ouvrage est loin d'être négligeable pour l'hygiène navale. Dans un volume étendu, écrit en collaboration avec M. V. Gayla, sur la Zoologie appliquée en France et aux colonies, j'ai traité toutes les questions pratiques concernant l'ensemble du règne animal.


Secrétaire général de la Société centrale d'Aquiculture et de Pêche dont le fondateur fut mon premier maître Lacaze-Duthiers, je dirige depuis plus de cinq ans son Bulletin qui est en France, sans conteste, le recueil de ce genre le plus ancien et le plus apprécié. J'y ai publié nombre d'articles d'application ou de critique scientifiques, notamment sur la pisciculture d'eau douce, les pêches maritimes, l'introduction des espèces étrangères.


J'ai participé à l'enseignement colonial du Muséum en faisant, à plusieurs reprises, des conférences sur les Poissons des possessions françaises.


Par une série de voyages dans les principaux Musées d'Europe, je me suis mis au courant des procédés les plus récents dans l'exposition des collections. J'ai visité également bon nombre de Jardins ou d'Instituts zoologiques à l'étranger et je suis prêt à appliquer mes remarques à la Ménagerie des Reptiles du Muséum, m'inspirant, pour ne citer que deux modèles qui m'ont particulièrement frappé, pour les expériences relatives à la reproduction, au croisement, à l'adaptation, du nouvel «Institut de biologie expérimentale» de Vienne, et pour l'acclimatation des Poissons et Batraciens exotiques du bel Aquarium du Jardin zoologique d'Amsterdam.


Je grouperai l'analyse de mes publications sous les titres suivants :

I. — Zoologie systématique 

II. — Anatomie

III. — Biologie

IV. — Zoologie appliquée


Vu leur étendue, j'ai cru devoir diviser en deux sections mes travaux sur la systématique des Poissons et des Reptiles, méthode pratique, mais qui entraîne forcément quelques répétitions : la première comprendra une Série de monographies de familles ou de genres, avec discussion des affinités ou des origines paléontologiques, .la seconde surtout faunistique sera réservée aux mémoires sur les collections adressées au Muséum et classées d'après les différentes régions du monde d'où elles proviennent.





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