Hasenfratz : titres et travaux
Site créé le 24 octobre 2004 Modifié le 11 janvier 2006
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V. HASENFRATZ

Titres et travaux scientifiques

 

 

INTRODUCTION

 

C'est au Collège Chaptal, où je fus élève pendant cinq années, que je reçus les premières notions de chimie, sous la direction de deux professeurs réputés : M. Lespieau et le regretté Maître Maquenne, tous deux savants éminents, épris des doctrines nouvelles, partisans enthousiastes de la théorie atomique.

 

Les leçons de chimie organique laissèrent dans mon esprit une empreinte ineffaçable, et je fus bientôt séduit par ce Chapitre si important de la chimie que Maquenne développait avec sa maîtrise incontestée. Ses belles leçons firent naître en moi le désir de réaliser expérimentalement les transformations si séduisantes, et en apparence si simples, que l'enseignement du Maître m'avait révélées.

 

En 1897, je quittai le Collège Chaptal pour entrer à l'Ecole normale de Saint-Cloud et, en 1899, je fus nommé professeur à l'Ecole primaire supérieure de Vichy. Après une année d'enseignement, J'appris qu'un poste de préparateur de Chimie était vacant au Muséum d'Histoire naturelle. Je posai ma candidature et J'eus la satisfaction d'être agréé par le professeur Arnaud, alors titulaire de la Chaire : c'est ainsi que Je succédai à M. Gabriel Bertrand, appelé à de plus hautes destinées.

 

Ma nouvelle situation était inférieure à celle que j'abandonnais, j'y perdais le tiers de mon modeste traitement ; néanmoins, c'est avec joie que j'entrai dans ce laboratoire où j'allais pouvoir réaliser le désir qui s'était fortifié en moi, sous la puissante influence de Maquenne.

 

Depuis cette époque, vingt-sept années se sont écoulées et jamais je n'ai regretté la décision qui m'avait attaché à ce laboratoire auquel j'ai consacré toutes les forces actives de ma vie et par lequel J'ai recueilli les satisfactions les plus pures qu'il soit donné à l'homme de goûter, parce qu'elles viennent de lui-même.

 

De 1900 à 1915, Je fus le préparateur et. le collaborateur d'Arnaud. Sous sa haute direction, je m'initiai peu à peu aux méthodes nombreuses et variées relatives à l'extraction des principes immédiats ; en même temps, j'acquis les certificats qui conduisent à la licence es sciences physiques.

 

Dans son Cours, Arnaud étudiait plus particulièrement les alcaloïdes, les matières grasses, les sucres, les hydrates de carbone. Ses leçons, au nombre de quarante par année, s'échelonnaient sur une période de cinq mois et s'illustraient de nombreuses expériences dont la préparation exigeait généralement un travail considérable qui fut, pour moi, des plus fructueux ; c'est à cette longue pratique du laboratoire que je dus d'orienter mes recherches personnelles vers les alcaloïdes, les matières grasses et les sucres.

 

Ma thèse de doctorat, soutenue en 1912 à la Faculté des Sciences de Paris, est relative à la harmine et à la harmaline, deux alcaloïdes, contenus dans les graines du Peganum harmala. Mes recherches sur ce sujet ont exigé plusieurs années d'efforts soutenus, que justifient le traitement de 300 kgs de graines et les difficultés de préparer, d'isoler et de caractériser plus de cinquante corps jusqu'alors inconnus. Récemment encore, j'ai complété ce travail avec la collaboration de M. R. Sutra et, sur les conseils de l'éminent professeur Moureu, j'ai condensé, dans un Mémoire paru en 1927, dans les Annales de Chimie, l'ensemble des résultats obtenus sur la harmaline et la harmine.

 

Dans le domaine des matières grasses, j'entrepris avec Arnaud des recherches sur le processus d'oxydation des acides gras acétyléniques : l'acide stéarolique, qui se rattache directement à l'acide oléique, et l'acide taririque, dont le glycéride existe dans la graisse de Tariri où Arnaud l'avait découvert. Nous fûmes ainsi amenés à effectuer la séparation de corps dont les propriétés sont assez voisines ; d'une part, les acides caprylique, pélargonique, undécylique et laurique, dans la série des monoacides ; d'autre part, les acides glutarique, adipique, subérique et azélaïque dans la série des biacides. Ainsi que nous l'avons montré, la formation de ces divers acides n'est pas incompatible avec les formules de constitution admises pour l'acide stéarolique et pour son isomère, l'acide taririque.

 

Mes travaux dans la série des sucres, effectués en partie avec le Professeur L.-J. Simon, eurent pour point de départ l'arabinose obtenu par l'hydrolyse acide de 50 kgs de gomme de cerisier. Ce pentose fut transformé successivement en lactone 1-arabonique, puis en lactone 1-ribonique. Ces deux lactones n'avaient été que peu étudiées jusqu'alors ; peut-être convient-il d'en chercher la raison dans la multiplicité des opérations que nécessitaient les préparations indiquées par les auteurs. Nous avons réussi à simplifier très notablement les techniques employées et à rendre accessibles les préparations des lactones 1-arabonique et 1-ribonique. Nous avons également constaté que ces lactones, dont les formules de constitution sont très voisines, possèdent des propriétés chimiques communes. Toutefois, un caractère tout à fait inattendu permet de distinguer nettement la lactone 1-arabonique de son isomère la lactone 1-ribonique ; la première s'éthérifie alors que la seconde a résisté, jusqu'ici, à toutes les tentatives d'éthérification.

 

Le travail de recherches au Laboratoire ne me fit pas perdre contact avec l'enseignement. Mon regretté Maître Arnaud, se rappelant les débuts de ma carrière universitaire, me confia le soin de faire, à l'amphithéâtre de Chimie du Muséum, des conférences sur des sujets que j'avais eu l'occasion d'étudier spécialement.

 

En 1910, six conférences sur «le Pyrrol, l'Indol et leurs dérivés».

 

En 1911, dix conférences sur «les produits de décomposition hydrolytique des matières albuminoïdes (glycocolle, leucine, lysine, arginine, etc.).»

 

En 1913, douze conférences sur «les noyaux azotés qui entrent dans la composition des alcaloïdes végétaux».

 

La guerre vint interrompre ma vie au laboratoire. Classé et maintenu dans les services auxiliaires, je fus détaché dans une usine qui commençait la mise au point d'une fabrication de coton-poudre (CP2). Je m'attachai à ce travail, et peu de temps après, l'usine était en mesure de fournir une production régulière. Une étude personnelle plus approfondie des conditions de nitration du coton nous permit d'accroître cette production dans le rapport de 1 à 4.

 

Je m'occupai également de la préparation d'enduits à base d'acétate de cellulose, destinés à recouvrir les toiles d'avion d'une pellicule transparente et homogène.

 

En octobre 1917, je fus mis en sursis et replacé au Muséum. Le laboratoire était affecté à un service militaire ; je dus m'installer dans l'amphithéâtre, avec un matériel restreint. Malgré ces conditions défavorables, j'entrepris, à la demande de M. le professeur Lapicque, de nombreux dosages de matières cellulosiques dans diverses substances alimentaires, notamment dans les farines et dans les blés. Les résultats de ces recherches ont fait l'objet d'une Note présentée à la Société de Biologie.

 

La guerre terminée, je repris ma place au laboratoire. Celui-ci avait bien changé d'aspect après ces cinq longues années et son chef M. Arnaud, cruellement éprouvé par la perte d'un de ses fils tombé au Champ d'honneur, avait succombé, en 1915, des suites d'une affection cardiaque. Le moment était venu de procéder à la nomination de son successeur.

 

Sur les conseils de L. Maquenne, je posai ma candidature. Le Muséum et l'Académie des Sciences présentèrent à l'agrément du Ministre deux listes identiques : M. L.-J. Simon y figurait en première ligne ; moi-même, en deuxième, ligne.

 

Le choix de L.-J. Simon, comme professeur de chimie appliquée aux corps organiques, me remettait en présence d'un Maître que je connaissais depuis longtemps : il avait été interrogateur de chimie au Collège Chaptal, dont il était lui-même un ancien élève.

 

La tâche qui l'attendait, à son entrée en fonctions, était lourde et ingrate. Le laboratoire était à réorganiser et à moderniser ; il fallait réparer les appareils détériorés pendant la guerre, accroître les moyens de travail, grouper des travailleurs et trouver des crédits.

 

L.-J. Simon se livra tout entier à cette œuvre considérable. Désireux de contribuer à la rénovation d'un laboratoire auquel j'étais attaché depuis près de vingt ans, j'apportai à L.-J. Simon une collaboration sans réserve à laquelle il fut particulièrement sensible et qu'il apprécia en me désignant à la succession de M. L. Bourgeois, assistant de la chaire, qui avait demandé et obtenu sa mise à la retraite.

 

L'effort d'organisation se poursuivit sans interruption pendant six années, ce qui n'empêcha point L.-J. Simon de développer les recherches scientifiques. Il s'entoura de nombreux travailleurs qui devinrent ses collaborateurs. J'apportai aux uns et autres des conseils utiles, fruits d'une longue pratique personnelle et d'une parfaite connaissance des ressources du laboratoire, contribuant ainsi à l'oeuvre scientifique de la chaire. Des publications, en nombre important, témoignent de l'activité de L.-J. Simon et de ses collaborateurs.

 

Cette communion dans l'effort développa entre mon chef et moi-même des sentiments de profonde amitié. Au cours de nos fréquentes conversations, nous échangions nos idées sur la marche du service, mais L.-J. Simon me parlait aussi de sa santé, de la crainte qu'il ressentait de ne pouvoir poursuivre longtemps sa tâche, et de l'éventualité de sa mort. «Vous êtes mon meilleur ami, me disait-il, et, s'il m'arrivait malheur, c'est à vous seul que je demanderais l'ultime service de réaliser mes dernières volontés ; elles sont mentionnées dans la présente lettre, que je dépose dans ce coffre, et dont vous prendriez seul connaissance.»

 

Ces précautions n'étaient malheureusement pas vaines : une grave maladie avait failli emporter L.-J. Simon en décembre 1924. Il se rétablit lentement, mais son moral et son physique étaient atteints. Je dus, à maintes reprises, assumer la tâche de le suppléer.

 

A la fin de 1925, L.-J. Simon ressentit de nouveau les malaises qu'il avait déjà éprouvés. Désireux de faire disparaître la cause de son mal, il se décida à une intervention chirurgicale. Sans prévenir ses collègues, dans le plus grand secret, L.-J. Simon alla au-devant de la mort. Je le vis chaque jour, à la maison de santé où je l'avais conduit. La veille de l'issue fatale, nous eûmes une courte et angoissante entrevue. Quelques heures après, mon Maître et ami rendait le dernier soupir.

 

C'est avec une profonde émotion que j'accomplis la dernière mission que m'avait confiée L.-J. Simon. Nous le conduisîmes, quelques amis et moi «à sa dernière demeure, dans un modeste fourgon des pompes funèbres, sans aucun honneur et sans aucun cortège» respectueux de son formel désir.

 

Une tâche restait à accomplir : celle d'assurer le fonctionnement d'un service en plein développement, problème difficile et en apparence insoluble. Les ressources de la Chaire étaient réduites au budget normal, les crédits supplémentaires dont disposait L.-J. Simon et qui étaient indispensables à la marche du service, furent supprimés. Grâce à une subvention annuelle de douze mille francs, allouée par la Société des Mines de Nœux-Vicoigne au sous-directeur de ce laboratoire, la vie put reprendre dans des conditions normales. Cinq nouveaux travailleurs vinrent se joindre à ceux qui fréquentaient le laboratoire à la mort de L.-J. Simon. L'aménagement d'un laboratoire pour la microanalyse des substances organiques vint accroître encore les moyens de travail de la Chaire.

 

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Par son organisation unique, réalisée sous les directions d'Arnaud et de L.-J. Simon, le laboratoire de Chimie appliquée aux corps organiques est parfaitement outillé pour rendre les services auxquels il est destiné. Il a pour but la recherche et l'étude de toutes les substances élaborées dans ces merveilleux laboratoires que constituent les êtres vivants, c'est-à-dire : alcaloïdes, matières grasses, sucres, glucosides, matières cellulosiques, tanins, essences, etc., dont on ne saurait nier l'importance au triple point de vue industriel, thérapeutique et biologique.

 

Ce genre de recherches exige l'emploi d'appareils très divers installés au Laboratoire tels que : broyeur à grande vitesse, concasseur, laminoir, meule, presses, appareils d'épuisement par les solvants employés soit à chaud, soit à froid, appareils de distillation sous pression réduite, appareil de dessication dans le vide, machine frigorigène, etc.

 

En raison même de cette organisation si variée, il me paraît nécessaire que la chaire de Chimie du Muséum ne soit pas spécialisée dans une direction déterminée : elle doit, au contraire, utiliser tout son matériel et tout son personnel à l'étude des matériaux mis à sa disposition par les divers Services du Muséum.

 

C'est d'ailleurs dans cet esprit que j'ai orienté tous mes efforts durant mes vingt-sept années de travail au Laboratoire. Pendant cette longue période, j'ai pu me rendre compte des besoins des Chaires voisines et aussi recueillir d'elles des renseignements précieux qui facilitèrent mes recherches personnelles. Pour toutes ces raisons, je crois pouvoir assurer qu'il me serait possible de resserrer les liens qui unissent la Chaire de Chimie aux autres Chaires du Muséum.

 

C'est par l'étude de toutes les substances si variées qu'on peut extraire des organismes végétaux ou animaux que la Chaire de chimie appliquée aux corps organiques justifiera sa place au Muséum et contribuera pour une part honorable au bon renom et à la prospérité de notre grand Etablissement national.





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