Hoffstetter : Titres et travaux scientifiques

Document disponible au laboratoire de chimie du Muséum National d’Histoire Naturelle,
63 rue Buffon 75005 Paris

Site créé le 24 octobre 2004 Modifié le 02 février 2006
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Notices sur les titres et travaux scientifiques

 

de

 

Robert Hoffstetter

Maître de conférences du cadre de l'enseignement supérieur à l'étranger/Maître de recherches au C.N.R.S.

 

 

AVANT-PROPOS

Le goût de la collection et celui de l'observation m'ont attiré très tôt vers les Sciences de la Nature et j'ai poursuivi mes études dans ce domaine jusqu'à l'Agrégation et au Doctorat.

 

Je garde une profonde reconnaissance aux Maîtres qui m'ont formé, à l'Université de Nancy et à la Sorbonne, aux Écoles Normales Supérieures de Saint-Cloud et de la rue d'Ulm, au Muséum National d'Histoire Naturelle et dans les divers Laboratoires que j'ai fréquentés. Tous m'ont marqué d'une empreinte durable, et chacun d'eux a su me faire goûter l'attrait de sa propre discipline.

 

Si l'effarante complexité des Sciences Naturelles n'interdisait aujourd'hui une telle prétention, je crois qu'il m'aurait plu d'être naturaliste, au sens ancien du mot.

 

Nécessaire, une spécialisation impose des renoncements, toujours douloureux pour quiconque a réellement le goût des choses de la Nature.

 

C'est vers la Paléontologie, et principalement vers celle des Vertébrés, que je me suis orienté, plutôt par choix délibéré que par vocation précoce. Dans cette élection, mes Maîtres ont eu une part déterminante. Je tiens à rendre un hommage particulier à ceux qui ont su éveiller et développer chez moi le goût du fossile et des problèmes touchant l'histoire des formes vivantes : les Professeurs JOLEAUD et PIVETEAU à la Sorbonne, BOULE et ARAMBOURG au Muséum, ROMAN à l'Université de Lyon, et aussi M. Cl. GAILLARD, alors Directeur du Muséum de Lyon.

 

Moins directement, mais tout aussi efficacement, deux autres disciplines ont eu un rôle fondamental dans mon orientation : la Géologie, à laquelle m'ont attaché les Professeurs FALLOT, DEREIMS, L. BERTRAND et tout spécialement le Professeur Ch. JACOB ; l'Anatomie comparée, acquise et cultivée au Laboratoire spécialisé du Muséum, ou les Professeurs ANTHONY et MILLOT ont été pour moi les meilleurs des guides.

 

En fait, si je me suis consacré à la Paléontologie, c'est beaucoup à cause de la position privilégiée de celle-ci, au carrefour des Sciences de la Terre et de celles de la Vie.

 

Si l'on ne veut pas la limiter —et qui l'oserait ? — à un simple cataloguement d'objets, la Paléontologie exige un contact suivi avec la plupart des autres branches des Sciences Naturelles, voire même quelque pratique de certaines d'entre elles : il y a là, à coup sûr, une difficulté supplémentaire, mais aussi un attrait particulier.

 

Ce contact, je l'ai toujours cherché et cultivé, à l'occasion des multiples problèmes posés par des observations personnelles.

 

Autant que je l'ai pu, j'ai fait des visites ou des stages dans divers Laboratoires spécialisés, principalement en Biologie, en Zoologie, en Anatomie comparée et en Géologie.

 

C'est qu'en effet, une spécialisation bien comprise doit avant tout éviter l'isolement du chercheur dans les limites étroites de son sujet. Pour pouvoir prétendre à des résultats de portée générale, elle doit être compensée par une collaboration constante avec d'autres disciplines. Et c'est pourquoi, dans le monde scientifique actuel, le travail d'équipe devient de plus en plus une nécessité. Mais à son tour, celui-ci exige de chaque spécialiste une formation de base assez étendue pour lui permettre de con-naître au moins les méthodes et les possibilités de ses coéquipiers.

 

Une telle nécessité m'a surtout été sensible lors de mon long séjour en Equateur. Pendant près de sept ans, j'ai exploré un pays presque neuf dans des domaines si divers qu'il m'a fallu me contraindre pour éviter une dispersion stérilisante. Je m'y suis< essentiellement attaché à des recherches paléontologiques.

 

Mais, dans le cadre de ma mission, j'ai dû en outre me préoccuper de l'organisation de la Recherche dans le pays, offrir mon modeste concours à mes collègues de Géologie, de Zoologie, d'Anthropologie, de Botanique, prendre à ma charge un cours de Biologie générale, etc. Tout bien pesé, je suis convaincu que cette activité variée m'a été. profitable. Je conserve un souvenir vivace d'une étroite et fructueuse collaboration, non seulement avec mes collègues naturalistes, mais même avec les mathématiciens et les physiciens, qui m'ont apporté le secours inestimable de leurs connaissances dans le domaine de la Statistique et du Calcul d'erreurs.

 

J'avoue m'être laissé entraîner jusqu'à des sujets qui ne correspondent guère aux préoccupations courantes d'un paléontologiste ; ainsi, à la demande des milieux équatoriens et en l'absence de spécialistes locaux, j'ai affronté certains problèmes touchant la Génétique humaine ; d'aucuns y verront peut-être quelque dispersion ; en fait, ces recherches m'ont conduit vers la Génétique des populations et vers des analyses statistiques ; ce sont là des bases indispensables pour l'étude des caractéristiques et du mécanisme de l'Évolution, et celle-ci représente, en définitive, un des buts essentiels de la Paléontologie.

 

Jusqu'à ces dernières années, j'ai suivi constamment une carrière active d'enseignement, en même temps que je me consacrais à la recherche. De sorte que la nature même de mes travaux a été conditionnée par les possibilités que m'ont données mes divers postes.

 

Par ailleurs, des conditions de travail difficiles, surtout durant mes premières années d'enseignement, encore compliquées par la période de guerre, m'ont contraint à condenser de nombreuses contributions sous forme de notes, alors que le sujet eût mérité un mémoire. De sorte que mes publications ne comprennent pas -tant s'en faut — la totalité des résultats atteints.

 

Ma carrière de chercheur compte déjà quelque 24 années, qui se répartissent schématiquement en quatre périodes. de Cinq ans (1931-36), passés à Troyes, m'ont permis d'étudier les faunes et la stratigraphie du Crétacé de Champagne. Je me suis surtout intéressé au Cénamanien à faciès crayeux, que j’ai laborieusement fouillé. Mes recherches sur le terrain et une fréquentation assidue des Laboratoires de la Sorbonne et du Muséum ont eut pour résultat un mémoire que j’ai présenté en Sorbonne pour l’obtention du Diplôme d’Etudes supérieurs.

 

Durant la même période, j'ai visité de nombreux gisements français, tout en cherchant encore à préciser ma voie dans le trop vaste domaine de la Paléontologie, et j’ai accumulé des collections et des observations dont beaucoup restent médites.

 

2° Neuf ans (1936-45), à Lyon et à Paris, ont été pour moi l'occasion d'un contact suivi avec les deux principaux centres français de Paléontologie des Vertébrés. J’y vois l’une des raisons déterminantes qui m'ont orienté vers les Reptiles et Mammifères fossiles.

 

Cette période a été consacrée presque exclusivement à l'étude des Squamates (Serpents et Lézards) aux points de vue de l'Anatomie comparée, de la Systématique et de la Paléontologie.

 

Les recherches ont eu lieu d'abord au Muséum de Lyon, puis au Muséum National d'Histoire Naturelle, dans les Laboratoires de Paléontologie, d’Herpétologie et d’Anatomie comparée, où le C. N. R. S. a bien voulu mettre un aide-technique à ma disposition pour la préparation des squelettes.

 

Elles m'ont permis de clarifié une question particulièrement confuse et m'ont conduit à des résultats positifs et cohérents Ceux-ci se traduisent par une vingtaine de publications ; ils m’ont mis en mesure de répondre à de nombreuses consultations émanant de scientifiques français ou étrangers.

 

Une mission de près de sept ans (1946-52) en Equateur constitue un des éléments majeurs dans ma formation de naturaliste. J'y ai trouvé un champ de recherches presque vierge non seulement dans ma propre spécialité, mais aussi dans d’autres branches que j’ai pu aborder, directement ou non, grâce à une collaboration amicale avec des collègues qui m'ont entouré. Mais surtout, ce séjour prolonge a développé chez moi le goût de la responsabilité, en me faisant connaître une expérience de création, d’organisation et de direction d’un Laboratoire modeste mais vivant, au personnel réduit mais enthousiaste

 

Cette expérience s’est encore amplifiée par le fait que j’ai dû assumer la direction d’un groupe de spcialiste, et que j’ai été consulté comme conseiller permanent par le Gouvernement et par les Instituts scientifiques locaux, en vue d'étudier le problème de la Recherche sur le plan national.

 

Nommé Professeur de Paléontologie et de Biologie générale à l’Ecole Polytechniques Nationale de Quito dès sa fondation (du côté français, j’entrais peu après dans le cadre de l’Enseignement supérieur à l’Etranger comme Maître de Conférences), j’ai été en outre désigné comme Directeur du groupe de Laboratoires formant la Section des Sciences biologiques ; de son côté, l’Université de Quito me confiait un cours au titre de Professeur ad honorem.

 

Bien entendu, tout était à créer et d'abord le Laboratoire de Paléontologie, avec son personnel, sa bibliothèque, ses collections. Celles-ci ont été constituées et alimentées par des expéditions sur presque toute l’étendue du pays, y compris le lointain archipel des Galapagos

 

Mes recherches essentielles ont porté sur la Paléontologie des Vertébrés. J’ai localisé et exploité une quarantaine de gisements quaternaires, dans un pays que sa gamme d’altitudes et ses latitudes basses rendent particulièrement difficile.

 

Les récoltes ont fait l’objet, à Quito, d’une exposition paléontologique, inaugurée en 1947 par le Président de la République.

 

Le succès inespéré de cette manifestation est à l’origine du climat favorable qui n’a cessé d’entourer mes recherches ; une Institution nationale, la Casa de la Cultura Ecuatoriana, en a compris immédiatement l’intérêt, et m’a prodigué par la suite son aide généreuse et efficace.

 

L’étude du matériel a été faite sur place, dans le Laboratoire naissant.

 

Des informations supplémentaires ont été recueillies au cours de voyages en Amérique et en Europe, qui m’ont fait connaître les principales collections mondiales concernant l’Amérique du Sud.

 

Les résultats ont fait l’objet de plusieurs notes et mémoires, finalement repris et complétés pour former le corps d'une volumineuse monographie sur « les Mammifères pléistocène de la République de l'Equateur», terminée en 1950 au Laboratoire de Paléontologie du Muséum.

 

Ce travail, qui s'élève pour la plupart des groupes à une synthèse dans le cadre de la région néotropicale, a été présenté comme thèse de doctorat en Sorbonne (1950) et m’a valu en 1951 le Prix André BONNET de l’Académie des Sciences.

 

Pour mener à bien l’étude des Vertébrés fossiles, il m’a fallu constitué sur place une série d’ostéologie comparée, qui compte déjà un bon nombre de représentants de la faune néotropicale.

 

Parallèlement, des collections zoologiques ont été réunies, sous la direction compétente de mon collègue et ami G. ORCÉS ; certaines difficultés, dues à notre isolement, n'ont pu cependant être résolues qu'en faisant appel à des spécialistes, notamment le Professeur BERLIOZ et ses collaborateurs, au Muséum.

 

Les Invertébrés fossiles ont été également récoltés et étudiés, et une attention particulière a été accordée à la Stratigraphie du pays.

 

La géologie de l'Equateur a fait l'objet d'une synthèse, comprenant des apports originaux ; elle a été exposée sous forme d'un cours destiné aux Ingénieurs géologues, et présentée comme seconde thèse de doctorat en Sorbonne.

 

Diverses notes ont été consacrées aux Mollusques quaternaires. L'étude de ces derniers m'a conduit à réunir une énorme collection de Conchyliologie équatorienne ; sa détermination, qui apporte de nombreux éléments nouveaux sur la distribution des espèces actuelles, a pu être menée à bien grâce à l'aide du Laboratoire de Malacologie du Muséum, où le Professeur FISCHER s'est lui-même chargé d'un certain nombre d'identifications, grâce aussi à l'importante contribution de divers spécialistes français et nord-américains.

 

Le paléontologiste, qui prétend retracer l'histoire de la Vie, doit porter toute son attention sur les problèmes fondamentaux de la Biologie, pour essayer de comprendre les modalités et le mécanisme de l'Évolution. Cette préoccupation m'a conduit à exposer des synthèses de grandes questions biologiques, en vue de fournir la base nécessaire à un cours de Paléontologie, en vue aussi de répondre aux demandes exprimées par divers professionnels : médecins, pharmaciens, agronomes, professeurs d'université et de collèges, avocats, etc.

 

La composition de mon auditoire m'a orienté en particulier vers la Génétique des groupes sanguins et son application à l'Anthropologie. Et j'ai eu le bonheur d'atteindre dans cette voie un certain nombre de résultats originaux. De sorte que des conférences ou des communications m'ont été demandées sur ces sujets par des Universités et Sociétés scientifiques, notamment en Equateur, au Pérou, en Bolivie, au Chili et en Argentine. Ces contacts avec l'Anthropologie m'ont été grandement facilités par les conseils et les encouragements qu'ont bien voulu me prodiguer les Professeurs RIVET et VALLOIS, au Muséum.

 

Enfin une part importante de mon activité en Equateur a été consacrée à convaincre les milieux locaux que : 1° loin d'être un luxe, que seuls pourraient se permettre les pays riches, la Recherche scientifique est nécessaire pour tous, et singulièrement pour ceux dont les ressources naturelles sont encore à peine reconnues et exploitées ; 2° la Recherche authentique est possible, même avec des moyens limités, si l'on dispose de spécialistes compétents, si l'on sait choisir les sujets à étudier, et si l'on pratique une collaboration intelligente, qui doit englober des organismes nationaux et étrangers.

 

Bien entendu, la phase initiale pose de sérieux problèmes. J'ai prêté tout mon concours aux autorités responsables pour essayer de les résoudre.

 

Des résultats indéniables ont été atteints. D'autres sont à espérer dans un proche avenir.

L'ensemble sera considéré plus en détail dans l'exposé analytique qu'on trouvera plus loin.

 

Rentré en France en fin 1952, j'étais détaché au C. N. R. S. au début de 1953 et je recevais la même année le titre de Maître de Recherches.

 

Depuis, je travaille régulièrement au Laboratoire de Paléontologie du Muséum, où le Professeur ARAMBOURG a bien voulu, malgré l'exiguïté des locaux, me réserver une salle de travail.

 

J'y ai retrouvé des collections familières, qui m'ont permis de reprendre mes observations sur les Squamates et de les étendre à d'autres groupes reptiliens comme les Rhynchocéphales et les Thécodontes. Des synthèses de ces divers groupes ont été rédigées, comme participation au Traité de Paléontologie, publié sous la direction du Professeur PIVETEAU.

 

La pratique acquise sur les Mammifères fossiles sud-américains m'a permis de prendre à ma charge la classification du matériel correspondant du Muséum, et spécialement des Édentés Xénarthres qui m'ont déjà amené à d'intéressantes observations. Pour ce groupe encore, le Professeur PIVETEAU a bien voulu me confier un chapitre du Traité de Paléontologie.

 

C'est également mon expérience sud-américaine qui explique que, dès la fondation de l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine, à la Sorbonne, j'aie reçu la charge des cours de Géologie et Paléontologie.

 

La même expérience m'a valu d'être désigné comme éditeur du tome Amérique Latine du Lexique international de Stratigraphie (Congrès Géologique International), dont la publication est assurée par le C. N. R. S.

 

Enfin, dans le dessein de m'orienter vers la Paléontologie africaine, le Professeur ARAMBOURG a bien voulu me faire profiter de son immense expérience dans ce domaine et, comme prise de contact, m'associer à ses recherches sur le Quaternaire d'Algérie. Deux campagnes, en 1954 et 1955, ont eu comme conséquence la précieuse découverte d'un Pithécanthropien africain, associé à une belle industrie et à une riche faune, dont l'étude en cours promet d'être passionnante. Il n'en fallait pas tant pour stimuler< un enthousiasme déjà acquis, et pour m'inciter à poursuivre des recherches sur le Continent noir.

 

 

 

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