Foex : Travaux agronomiques
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Notice sur les travaux scientifiques et agronomiques

 

de

 

Etienne Foëx

Ancien président de la Société de pathologie végétale/Ancien président de la Société mycologique de France/Ancien professeur à l'école nationale d'horticulture de Versailles/Directeur de la station centrale de pathologie végétale/Professeur à l'école d'application des manufactures de l'Etat

 

INTRODUCTION

 

 

Les débuts d'une Science sont toujours difficiles à préciser. Il serait en particulier malaisé d'indiquer quand la Pathologie Végétale a pris naissance. Toutefois nous pouvons retenir une date, celle de 1807, année où Bénédict PREVOST a publié sur la Carie du Blé un mémoire qui dénote chez son auteur un remarquable esprit d'observation et d’analyse, aussi bien que de solides qualités d'expérimentateur. Ce travailleur fut un précurseur.

 

Durant la majeure partie du dix-neuvième siècle, de grands Mycologues sont à l'oeuvre (DESMAZIERE, LEVEILLE, MONTAGNE, PERSOON et surtout L.R. TULASNE ). Le microscope leur permet d'étudier avec précision des champignons qui grâce à leurs faibles dimensions de leurs éléments, avaient plus ou moins échappé aux investigations de leurs prédécesseurs. Or, certains de ces organismes sont parasites des végétaux. Les Mycologues sont ainsi conduits à examiner les relations entre le champignon et son hôte. De la cryptogamie pure, ils passent progressivement à la Pathologie Végétale.

 

Ces naturalistes sont des descripteurs, plutôt que des expérimentateurs. Cependant, l'étude de certains groupes de champignons, parasites de végétaux (et en particulier des Uredinées) les amène à réaliser des inoculations et à tenter de suivre 1 évolution des organismes.

 

Les ravages exercés par certains parasites exotiques malencontreusement introduits en Europe ; Phytophthora infestans (Mont.) de Bary parasite de la Pomme de terre (1840) ; Uncinula necator (Schw. ) Burr. ou Oïdium de la Vigne (1845), impressionnent vivement l'opinion. L'étude des maladies des plantes s'impose.

 

C'est l'époque où de BARY se met à l'oeuvre en Allemagne. Il exerça sur les travailleurs de son temps une influence considérable. Il a de nombreux élèves, dont MILLARDET est l'un des plus éminents.

 

PRILLIEUX, dont la longue carrière scientifique débute au milieu du dix-neuvième siècle est, parmi nos compatriotes, le premier qui ait eu pour principal, et, pouvons-nous dire, pour unique objectif, l'étude des maladies des plantes. Il est ainsi amené à s'attaquer aux sujets les plus divers ; Cicatrisation des blessures, production de gomme, action de la gelée sur les végétaux.

 

En parasitologie, on lui doit des études sur les Mycorhizes. PRILLIEUX est un précurseur de Noël BERNARD.

 

C'est au< Français PRILLIEUX et à l'Américain BURRILL que sont dûs les deux premiers travaux sur les maladies bactériennes des plantes. Bien des années après la publication de leurs mémoires, de nombreux Pathologistes qui sont, somme toute, avant tout des Mycologues, déclarent que les bactéries sont incapables de parasiter les végétaux. Elles n'interviennent, pensent-ils qu'à titre secondaire.

 

PRILLIEUX est puissamment influencé par les travaux de PASTEUR, qui sera le grand inspirateur d'Erwin F. SMITH, dont l'oeuvre magistrale sur les maladies bactériennes des végétaux aura une répercussion profonde sur les recherches de la Pathologie Végétale. Mais en citant le nom d'Erwin F. SMITH, nous anticipons.

 

Revenons à cette période qui suit de peu la guerre franco-allemande de 1870-71.

 

Alors que PRILLIEUX est à l'oeuvre, de redoutables ennemis s'abattent sur la vigne. Après l'Oïdium, c'est le Phylloxéra. Les importations de plants américains résistants aux attaques de cet insecte assurent l'introduction du Mildew : Plasmopara viticola Berl. et de Toni., puis du Black-rot : Guignardia Bidwellii Viala et Ravaz.

 

Les chercheurs sont amenés à s'occuper de ces parasites, dont l'action exerce de si fâcheux effets sur une des principales cultures du Pays.

 

Nous ne pouvons ici faire l'historique de cette oeuvre si spécifiquement française. Nous ne saurions cependant ne pas citer le nom de MILLARDET, dont les belles recherches sur les hybrides de Vitis, sur le Plasmopara viticola et sur le moyen de combattre ce grand ennemi de la vigne, sont connues de tous.

 

La découverte de la bouillie bordelaise, l'anticryptogamique type qui, cinquante ans après son invention, n'a encore été égalé par aucun autre fungicide a fait de MILLARDET un bienfaiteur de l'Agriculture mondiale.

 

II existe deux principaux centres de recherche sur les maladies de la Vigne : Bordeaux qu'a illustré le génie de MILLARDET, et Montpellier où se déploie pendant un demi siècle une grande activité de travail.

 

Dans cette ville qui s'enorgueillit de sa vieille Université et qui possède une importante Ecole d'Agriculture, sont successivement étudiés les problèmes relatifs à 1'’Oïdium, au Phylloxéra, au Mildew, au Black-Rot, à la Chlorose, à la Brunissure, au Folletage, au Court Noué, etc...

 

C'est à Montpellier que nous naquîmes en 1876; c'est dans son Ecole d’Agriculture, que notre Père dirigea pendant de nombreuses années, que nous avons grandi. Comment n'aurions-nous pas subi 1'influence du milieu si vivant dans lequel s'est écoulé notre enfance et notre .jeunesse ? Une grande activité de travail règne en effet dans cet établissement qui est comme le foyer de la Viticulture mondiale.

 

Un fils ne saurait porter un jugement sur son Père. Toutefois, nous nous croyons autorisé à écrire, que Gustave FOÈX, dont la carrière fut si féconde, a su s’entourer de collaborateurs de valeur et leur communiquer la flamme qui l'animait. Pierre VIALA et Louis RAVAZ; qui sont ses élèves, ses préparateurs et ses amis font honneur au Maître qui a su guider leurs premiers pas dans la voie de la recherche.

 

La Station, annexée à la Chaire de Viticulture, reçoit de nombreux travailleurs français et étrangers. Elle exercera une grande influence sur l’essor, hélas ! peut-être trop considérable que prendra la Viticulture.

 

Les autres services de 1'’Ecole d'Agriculture de Montpellier participent à cette activité.

 

PASTEUR daignera s'intéresser aux travaux qui y sont effectués dans certains domaines tel que celui de la Sériculture. La Station Séricicole fut d'ailleurs fondée par MAILLOT, élève de PASTEUR.

 

Gustave FOËX s’efforça de maintenir un contact aussi intime que possible entre l'Ecole d'’Agriculture et l'Université de Montpellier, dont l'un des Maîtres les plus qualifiés d'alors est le Professeur Charles FLAHAULT, personnalité puissante, autant que sympathique, qui exerça une grande influence sur notre destinée.

 

En sortant du Lycée de Montpellier, nous serons, tout naturellement amené à faire nos études dans une Ecole que nous aimons ; où nous travaillerons sous la direction de Maîtres que nous vénérions et dans un cadre qui nous est familier.

 

Sitôt que nous serons pourvu du Diplôme de l'Ecole (1899), Pierre VIALA nous accordera le grand privilège d'accomplir un stage dans son laboratoire de l’Institut Agronomique. Nous travaillerons ainsi pendant deux ans, sous la direction d'un Maître, dont la belle oeuvre scientifique est trop connue pour que nous croyons devoir 1’évoquer ici. Tout en prenant contact avec le Laboratoire, nous suivons les cours de la Sorbonne où nous obtenons la Licence ès-Sciences Naturelles (1900-1901).

 

En Janvier 1902, nous sommes nommé Répétiteur-Préparateur auprès de la Chaire de Météorologie et Géologie de l'Ecole Nationale d'Agriculture de Montpellier. Notre intention est alors d'étudier le développement des végétaux en fonction des conditions météorologiques. Mais en Octobre, nous sommes affecté comme Répétiteur Préparateur à la Chaire de Botanique et de Sylviculture de l'Ecole, dont le titulaire est alors le Professeur Georges BOYER, camarade de Pierre VIALA, qui a pour lui une affection mêlée d'une réelle admiration, car il connaît le mérite que son ami cache sous une extrême modestie.

 

C'est sous la bienveillante autorité de Georges BOYER que nous avons le privilège de travailler pendant près de dix ans. Le laboratoire de Botanique est alors situé au-dessus de celui de Viticulture que dirige si brillamment RAVAZ auquel nous devons également beaucoup. Enfin, nous sommes un des habitués de l'Institut Botanique de Montpellier.

 

Nous songeons avec une réelle émotion à l'accueil si cordial que nous réserve toujours Charles FLAHAULT. Auprès de lui nous trouvons encouragement et critiques, directions et conseils.

 

C'est à Charles FLAHAULT que nous devons l'orientation de nos premiers travaux.

 

Sous son impulsion, autant que sous celle de Georges BOYER, nous parcourons les champs et la garrigue, les coteaux et les plaines littorales. C'est en herborisant en examinant les plantes et leurs parasites que les Erysiphacées retiennent notre attention. C’est en visitant souvent les cultures de l'Ecole d’Agriculture de Montpellier que les Rouilles des Céréales s'imposent à nous.

 

Nous consacrons à ces sujets les loisirs que nous laissent la conduite des travaux pratiques de Botanique et l'enseignement de la Pathologie végétale qui nous est confié en 1905.

 

En 1912, nous quitterons Montpellier pour nous établir à Paris.

 

Avant d'expliquer dans quelles conditions nous avons été amené à changer de résidence, nous dirons que, de ce fait, nous avons dû abandonner nos recherches sur les Erysiphacées. Nous espérions pouvoir tirer de celles-ci un sujet de thèse. Mais les événements ne devaient pas nous permettre de mettre ce projet à exécution.

 

De 1912 à 1914, nous sommes absorbé par de nouvelles fonctions; ensuite arrive la mobilisation, qui sera suivie des quatre années et demie de guerre ou de captivité.

 

Notre travail sur les Erysiphacées nous vaudra le Prix Thore, que l'Académie des Sciences daigne nous décerner en 1913.

 

Voici dans quelles circonstances nous quittons Montpellier.

Au printemps 1912, Edouard GRIFFON qui, sous la haute autorité de PRILLIEUX, dirigeait la Station de Pathologie Végétale, tomba gravement malade ; tandis que son distingué collaborateur, André MAUBLANC quitta la France pour le Brésil.

 

PRILLIEUX et GRIFFON nous engagent à venir assurer le Service de la Station. Peu de jours après notre arrivée, nous avons la tristesse de voir disparaître Edouard GRIFFON.

 

Nous lui succédons officiellement au mois de Novembre, après avoir affronté un concours. Nous recevons d'abord le titre de Directeur-Adjoint qu'avait GRIFFON. Celui de Directeur nous reviendra à la mort de PRILLIEUX (1915).

 

Pendant les deux années qui précèdent la guerre, nous avons le privilège de recevoir les directives et les conseils de PRILLIEUX, qui, malgré son grand âge, traverse plusieurs fois par semaine Paris pour venir nous rendre visite dans cette Station qu'il a créée et à laquelle il est si profondément attaché.

 

Un de nos vieux camarades de Montpellier, M. G. ARNAUD, nous est à la fin de l'année 1912, adjoint comme Chef de Travaux. Ce travailleur distingué fournira une belle carrière scientifique.

 

L'activité de la Station de Pathologie Végétale s'exerce dans différents domaines. Aux recherches qui constituent le but essentiel du laboratoire s'ajoutent une sorte de contrôle sur les maladies des plantes qui sévissent en France, ainsi qu'un service de renseignements et de documentation.

 

De nombreux échantillons parviennent au laboratoire et des questions sont posées par le public, ainsi que par les Directeurs des Services Agricoles. Enfin, des travailleurs français et étrangers viennent assez souvent demander asile au laboratoire dans lequel nombre de phytopathologistes se sont formés.

 

Le Directeur de la Station de Pathologie Végétale effectue, non seulement de ses propres recherches, mais conduit également celles de ses collaborateurs, dont certains travaillent hors de la région parisienne.

 

Nous tenons du reste à déclarer que nous n'interviendrons pas dans le travail de C. ARNAUD, à qui reviendra tout le mérite de l'oeuvre considérable qu'il fournira.

 

Quoiqu'il en soit, nous serons amené à nous occuper directement ou non de la plupart des questions de Pathologie végétale qui seront étudiées en France de 1912 à 1914 et de 1919 à 1936.

 

Les recherches personnelles que nous exposons dans les pages suivantes ne représentent donc qu'une partie de notre activité.

 

Alors que le Professeur MARCHAL est Chef du Service Phytopathologique, qu’il fonde en 1911, il veut bien nous charger de la partie cryptogamique.

 

Nous avons également le privilège de prêter au Professeur MARCHAL notre concours en ce qui concerne la rédaction des Annales des Epiphyties qui ont été créées par ce savant, auquel ce périodique doit la forme et la tenue scientifique qui le caractérisent.

 

Entre la Station Centrale d'Entomologie et celle de Pathologie Végétale, les relations seront toujours actives et suivies.

 

Nous sommes profondément reconnaissant au Professeur MARCHAL de l'intérêt qu'il a bien voulu porter au Service que nous avons l'honneur de diriger.

 

Le Professeur L. MANGIN n'a cessé de s'intéresser au travail de la Station de Pathologie végétale, à laquelle il a généreusement offert les ressources de l'Herbier de Cryptogamie. Il nous a souvent aidé de ses conseils et prêté l'appui de sa grande autorité.

 

Ayant atteint l'âge de soixante ans, nous croyons devoir fournir un aperçu du travail accompli au cours d une carrière qui aura, somme toute, été presque entièrement consacrée à l'étude des maladies des plantes.

 

Puissions-nous avoir été digne de nos excellents Maîtres et de notre éminent prédécesseur, Edouard PRILLIEUX.

 

 

 

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